Ou la fin de mon entreprise d’indépendante
Première Partie: ‘A l’insu de mon plein gré, je vis sous le seuil de pauvreté’
Ca y est. Hier, j’ai rempli le formulaire et sous la pluie je suis allée le déposer dans la boîte. Il est en route pour le Guichet d’Entreprises. Par ce bout de papier, je confirme ma décision de fermer ma société ‘Language Coaching’ à partir du 1 janvier 2013 suite à mon endettement auprès du fisc et de la caisse d’assurances sociales (voir article ici).
La fin d’année est un moment de clôture. Un moment pour faire la place à du nouveau. Et j’en ai gros sur la patate.
C’était début 2000. Je venais de terminer une longue série de contrats temporaires et précaires (mais bien payés et pas taxés) auprès de diverses institutions européennes. L’insatisfaction du dernier job pour un service de Traduction me pesait: assise seule devant un PC huit heures par jour, avec pour unique interaction les aller-retour vers les bacs ‘In’ et ‘Out’… Je me souviendrai toujours de cette collègue scandinave, qui lorsqu’elle me voyait danser dans les couloirs pendant mes dernières heures, exclamait d’un air complice: “Don’t look so happy!” (“N’aies pas l’air si heureuse!”). C’était plus fort que moi. Et puis les fins, ce sont de nouveaux débuts. J’étais pleine d’entrain, prête à retrouver le grand monde là dehors.
Une fois au chômage, je me suis dit: “Il faut que je fasse autre chose”. Malgré les conseils d’un syndicat (“Ne devenez pas indépendante, c’est difficile, restez au chômage!”), j’ai suivi un cours de compta et une formation pédagogique. Après un an de stage j’étais prête. Toute fière, enfin devenue indépendante, adulte et autonome, enfin ne plus dépendre de la ‘Mère Europe qui nous doit tout’! Cela m’a semblé logique, souhaitable, épanouissant même. Et hop! Mis à part quelques mésaventures avec des écoles mal organisées, je me suis bien débrouillée.
Les bouleversements sont venus avec la crise Fortis. Dans le secteur des formations, l’état de l’économie est directement ressenti: il y eût moins de cours en société et de plus en plus de cours pour chômeurs. Heureusement j’ai aussi pu donner cours aux groupes politiques d’un des gouvernements belges, mais là j’ai fait face à des ruptures unilatérales de contrats, non-payement de factures et autres restrictions budgétaires à la limite du légal: les aléas du sous-contractant…
Aujourd’hui, j’ai une boule dans la gorge. Je constate qu’à l’état actuel, ce pays ne permet pas trop l’initiative. Désirant travailler dans ce qui me passionne, je me suis trouvée piégée, noyée par des frais dont les calculs sont tellement complexes que même mon fiscaliste était incapable de prévoir quoi que ce soit. Une juriste qui a étudié mon dossier a utilisé le mot ‘confiscation‘. Un autre mot qui m’a frappée, cette fois de la part d’un ex-indépendant, c’est le ‘racketing organisé’. Avec le statut d’indépendant complémentaire, j’ai perdu plus que je n’ai gagné en travaillant.
Ce soir, je pense aux courageux indépendants qui osent encore tenter leur rêve. Je les vois tous les jours dans les quartiers bruxellois: des superbes magasins sans clients, des jolis restaurants vides qui ferment au bout d’un an. Si j’ai pleuré ce soir, c’est aussi avec eux, avec vous.
Petite parenthèse ‘emploi’, mot adoré des politiques: les employeurs ne nous aiment pas, je l’ai déjà expérimenté. Nous avons ‘trop de caractère et de volonté’, nous préférons ‘être notre propre patron’, voilà les préjugés envers les (ex-)indépendants. En général, nous ne sommes même pas invités aux entretiens d’embauche, malgré nos qualifications. Et oui, il s’agit d’une discrimination, et d’un gachis énorme pour ce petit pays.
Pour l’année prochaine, je souhaite que les politiques y voient un dossier. Qu’ils sachent que le jour où ils oseront, nous serons nombreux avec eux. Et nous ne sommes pas des moindres! Grâce à mes articles qui ont donné lieu à un bel élan de solidarité, j’ai pu en rencontrer quelques uns, de ces gens brillants qui rament. Nous sommes courageux, talentueux, qualifiés, pleins d’idées. Et pauvres, souvent malgré les apparences. Que les politiques se rendent compte qu’il y a urgence. Ou alors, avec 11.000 faillites et la destruction de 16.000 emplois en 2012, ne resterons-nous vraiment que des chiffres dans vos statistiques?
Pour ma part, je vois la fin d’une année, la fin d’un chapitre, mais pas encore de nouveau début. J’avoue avoir ni l’énergie ni l’inspiration. Et ça, c’est une souffrance. C’est pourquoi entre le 26 décembre et le 6 janvier je prendrai un ‘break’, et durant cette période je serai injoignable. Oui, douze jours sans internet et sans gsm! J’ai hâte. D’ici-là, je vous souhaite de quoi retrouver foi en l’humain. Et si vous en avez un petit bout: partagez, de grâce.
Marlene
(aussi publié par Occupy Brussels Media) – merci !
Voir également:
- En Belgique, le taux d’imposition est supérieur à la moyenne des 17 pays de la zone euro
- Les Belges paient 13% plus cher leur énergie par rapport à leurs voisins
- La crise pousse le Belge à devenir indépendant complémentaire
- Indépendant, mais loin d’être riche
Voila, tu me confortes un peu plus dans l’idee de ne pas choisir le status d’independant(e) a mon retour en Belgique, lorsque je vois par quoi tu es passee, je vais me trouver un boulot de salariee, tu vois, ton experience si douloureuse qu’elle ait ete pour toi, peut aider d’autres soit a choisir une autre voie, soit a etre plus mefiant(e).
J’espere que tout s’arrangera le mieux possible pour toi
Merci ton precieux temoignage !
Merci Annie! Et n’oublie pas: même en réfléchissant très très fort, on ne peut pas prévoir, même en bossant des heures avec un fiscaliste, les surprises risquent d’être différentes encore…
En effet! ……
Enjoy your “break” !
My very best wishes to you!
Thank you, WM. Same to you!
Je suis de tout coeur avec toi. Moi aussi je me suis dit que j’allais tôt ou tard devenir indépendant, mais bon voilà, apparemment on ne fait rien pour les indépendants, c’est même si je me demande si on ne s’acharne pas contre eux pour leur rendre la vie difficile.
Mon père est indépendant, a un RC, mais je pense que s’il survit actuellement (surtout avec mon chômage en prime) c’est grâce à sa pension de veuf…
On se dirige droit vers ce qu’a connu (et connait encore) la Grèce
Merci Olivier. Il n’y a que la solidarité je pense…
Je vous comprends parfaitement: je suis dans la même situation et arrêterai également mes activités comme indépendant… Je gagnais bien ma vie comme employé, maintenant je survis… à peine!
Wow, Joel. Tenez-moi au courant. Je ferai de même. Restons courageux et solidaires.
De rijken worden beloond en de armen gestraft… d’as de realiteit waarin we leven en ze is niet eens gemaskeerd. Hoe kunnen wij mensen ons toch zo onmachtig voelen dat we dit blijven aanvaarden als iets overanderlijks, de wet der natuur? Gelukkig zijn er vechters zoals Marlene, en in haar spoor hopelijk velen die mee zullen opstaan en niet langer kunnen zwijgen. Veel sterkte M’tje !
Bedankt, Lucie! De dingen blijven zien zoals ze zijn, en ze luidop durven zeggen. Het is niet aan ons om ons te schamen.
Merci pour ton témoignage, perso, je pense qu’un modèle économique basé sur le cannibalisme est voué à la faillite…. question de temps…
Jean-P
yep… ça s’écroule déjà un peu, non? Faudra inventer autre chose!
La question de la paupérisation des travailleurs est globale en Europe, et il est grand temps qu’on réfléchisse à trouver des solutions. On remarque par exemple de plus en plus de personnes désirant s’émanciper de l’emploi, en créant leurs propres activités. Mais nos décideurs ne font que mettre des bâtons dans les roues de celles et ceux qui désirent créer une alternative. Au lieu de financer l’autonomie des individus, l’Etat préfère financer l’Emploi. Ils n’ont que ce mot à la bouche pour justifier tout et n’importe quoi.
J’en profite pour t’inviter à me tenir au courant de tes démarches. Si tu as besoin d’un quelconque appui en matière d’informations ou de bases d’argumentation, dans le cas où un groupe de travail serait créé, n’hésites pas à me contacter. Et je t’encourage à continuer dans cette voie, car tu suis tes convictions et tu les exprimes tout en sincérité et avec détermination.
PS: voir la page sur Facebook: “Le travail à tout prix?”.
Avec plaisir, Sail, et merci! Réfléchissons ensemble. A bientôt.
Pingback: Appel aux politiques: j’arrête mon entreprise! | Brussels is Love | Scoop.it
I regret to hear this news. I know you teach with all your heart and soul. That your passion for teaching goes beyond sharing your knowledge and experiences with others. I also know you are a courageous person who will get through this as tough as this may be now.
My dad who was a professional musician for over 40 years, went as an independant through the same s##t. No social health benefits, dole or other remuneration in times of hardship, and more taxes than my parents could imagine… It seems that after all these years, some things remain regretfully the same.
I wish you lots of courage, determination and hope. Heartfelt hugs.
Thank you, Mel. Your comment touches me deeply. We will rock on.
Ik kan hetzelfde zeggen maar blijf maar doordoen tegen beter weten in. Ik leef zonder tijd en zonder geld … en maar werken…7 dagen per week. Het is eigenlijk niet te doen en alsmaar hopen dat t zal beteren. Alsmaar denken ja na de verhuis ja na de zomer ja na de winter… wanneer kan ik s terug gewoon leven zonder zoveel zorgen? Ook thuis word ik nog es geteisterd door de staat… die herhaaldelijk huisvredebreuk pleegde … in een woongemeenschap waar geen wetgeving voor bestaat en die ze in een vakje steken willen.
hallo Artimara, en dat met zo’n mooie onderneming.. ik wou dat je wat dichterbij woonde dan zou ik elke week langskomen!
Comme je te comprends….
En quarante ans, par trois fois, j’ai remis le couvert….Et par trois fois… je me suis retrouvé avec une main devant et l’autre derrière! Sans droits ni filet de sauvetage… Oh, la raison en est très simple: l’état confisque tellement que plutôt que d’avoir un petit pécule en cas de coup dur, qui permettrait de passer à travers une crise, il faut cracher au bassinet étatique pour que ces chers ministres à 20.000 euros par mois puissent le dilapider en stupidités sans nom….
J’ai vu la différence, pour avoir eu une affaire aux Etats Unis pendant huit ans… La Belgique est un pays à la dérive sans pilote dans l’avion…..
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Dans un pays où ton contrôleur fiscal, qui a besoin de résultats, te refuse des frais avérés, parfaitement justifiables, il s’agit bien, oui, de confiscation, de racketing organisé. Et les imposteurs politiciens n’y changeront jamais rien, comme partout. Il n’y a personne d’autre que nous pour nous aider nous-même.
mais oui, entre un socialisme capitaliste d’assistés et de parvenus et des libéraux pour milliardaires et multinationales, qui s’intéresse au sort des petits indépendants?
Voici un témoignage qui est d’une justesse rare. A lire impérativement par ceux qui ne sont pas indépendants (les autres savent, hélàs…). En se rappelant que toute la richesse du pays est générée par les indépendants et personne d’autre… Et si certains d’entre vous ont l’oreille de l’un ou l’autre politicien, n’hésitez pas à adresser une copie !
j’en fais autant en france je ferme aussi. La liberté c’est ce qui manque à nos deux pays je pense mais nous y arriverons un jour. Bon courage.
excellent reflet de la triste réalté……