John, 47: “On peut sortir un homme de la rue, mais on ne peut pas sortir la rue de l’homme.”

John vient de Pologne. ‘John’, c’est la version anglaise de son prénom. John parle un superbe anglais.

A chaque fois que je le vois et lui demande comment il va, son visage s’ouvre sur un sourire grand comme Bobbejaanland. “Comme d’habitude: SU-PER!”. Ses yeux pétillent de petites étoiles rares. Ses habits sont propres, il porte deux vestes, une chemise, un pull en laine, un bon pantalon de velours et des bottines CAT quasi neuves.

John a beaucoup d’amis. Il est tellement sincère, tout le monde l’aime bien. Passants et commercants lui offrent sandwiches et repas chauds. John est très clair sur les choses. Lorsqu’un matin je lui propose à manger, il me dit qu’il préfère à boire. “J’ai une confession à te faire. Je suis un alcoolique.” Il le dit avec dignité et simplicité. Pas de place aux faux sentiments. Il sait qu’il boit de trop et que son état physique n’est pas optimale, mais il assume et il est fort. En plus, quand il se lève pour montrer sa taille réelle, je fais de grands yeux: il a au moins 2m20, un énorme nounours!

John est aussi très clair sur sa vie à la rue: “C’est par choix”. Pour l’instant, il ne voudrait à aucun prix aller dans un refuge ou même avoir un appartement, peu importe qu’il fasse -20°. Ce que nous appelons ‘froid’ le fait rire de bon coeur: il a connu -40°, alors.. quel froid?! Il me montre ‘sa’ rue, et je la regarde avec d’un oeuil neuf. Faisant un grand geste du bras, il déclare avec fierté: “CECI EST MON SALON.” John ne veut rien de matériel. Il aime dire: “Je veux reposer mon esprit” . John a voyagé partout, il a eu une vie chargée. Sans doute un peu trop chargée: “Un moment donné, c’est trop.” Il me fait penser aux Véterans du Vietnam aux USA. Eux aussi ont souvent vu trop, et ne veulent plus retourner dans la société. Pas un cheveu sur ma tête ne se permettrait de lui faire la leçon, sur la supériorité d’un foyer, un boulot, ne pas boire. Il me dit avoir trouvé la manière la plus juste de vivre pour l’instant, en trouvant le ‘repos’ que son esprit réclame.

Quand je vais lui dire ‘bonjour’, j’ai toujours envie de frapper à une porte, pour voir s’il a envie de parler. L’impression d’entrer dans un lieu privé. Lorsque je lui ai demandé d’écrire quelque chose, il dit: “Sans aucun problème!”, mais il a fini par tout me dire… ou presque🙂

Il conclut son histoire par une parole qui résume ce qu’il veut dire: “On peut sortir un homme de la rue, mais on ne peut pas sortir la rue de l’homme.”

(original en anglais)

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One Response to John, 47: “On peut sortir un homme de la rue, mais on ne peut pas sortir la rue de l’homme.”

  1. Tom T says:

    Voilà une bonne petite claque aux ‘donneurs de leçons’!

    Comme quoi: la vraie écoute ouvre les consciences, tandis que la ‘charité’ ne serait qu’une occasion de s’acheter une ‘bonne’ conscience…
    Voici la raison pour laquelle je suis totalement et entièrement CONTRE l’aide obligatoire. Le respect de ce qui est vraiment différent, c’est cela qui est révolutionnaire. Merci à la Ville de Bruxelles de permettre à cet homme de vivre ce qu’il a besoin de vivre.

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