Ma vie, est-elle mauvaise pour mon CV?

Quand l’emploi ne vient pas, il faut créer un vrai travail. Ou la chance immense de la liberté de choix.

Article in English here

Je vis à Bruxelles, en Belgique. Ici, il n’y a pas de green smoothies et pas un seul restaurant vegan. Les nouveautés qui peuvent être vieilles ailleurs, mettent souvent des années à trouver une terre chez nous. Bruxelles est une ville fascinante, complexe, et un peu lente. Ce qui la rend drôle. Ah oui, et nous avons un taux de chômage de 20.4%.

La semaine dernière, j’ai lu l’article d’une jeune femme qui se plaignait de ne pas trouver de travail, faute de trop de qualifications. Ne me parlez pas de la réalité du marché: avec trop d’expérience (un euphémisme pour ‘trop vieux’) on n’est plus exploitable. Sans expérience, on est long à former. Avec des diplômes vous coûtez trop cher, et sans, vous êtes un peu rien du tout. Et ne parlons pas des jobs ‘freelance’, payés moins qu’un babysit à l’heure (au net). Et puis il y a ces boîtes qui pressent leurs ressources humaines (matériel humain) pendant un an ou deux, jusqu’au burnout.

Retournons au ‘Deux Masters et Toujours Pas de Boulot’. Quelle est la solution, ou plutôt: quel est le problème? Sur les forums en ligne, mes questions étaient culottées mais sincères: “Tu rêvais de quoi en faisant ces études? Pourquoi ne pas adapter ton CV au job que tu aimerais faire? Retire ce que tu n’aimes pas, souligne tes atouts et aspirations!” Ma logique : il s’agit bien de ta vie à toi, non? Que faire si dans le passé tu as fait des choses que tu n’aimes pas, ou qui ne sont plus d’actualité? Car dans ton curriculum, s’agit-il de ta vie, ou es-tu la propriété de tes diplômes/expériences? 

Les réactions ont revigoré la rebelle en moi. “Non, je ne peux pas changer mon CV, ça ne fait pas bien!” et “Ce serait mentir, et du coup je ne me ferai pas engager!”, “Pas question, car comment expliquer un trou d’un an ou plus à un employeur?” Et une dame m’a expliqué, avec un respect profond pour la force inhibante et reconfortante de certaines autorités, qu’une base de données transmettait à qui veut les données sur les diplômes d’absolument tout le monde. Obtiens un diplôme, et ta vie ne t’appartient plus. Et donc quelque part, ton CV non plus. Quoi donc?

J’ai eu besoin de respirer profondément. Tu pourrais dire que tu as fait une pause? Que tu as tout simplement vécu. Ou voyagé. Tu as décidé de t’occuper de ton enfant. Ou fait le point après un mauvais choix. Le temps d’écrire un livre, ou de faire du bénévolat dans un refuge pour animaux maltraités. Apprendre à se connaître soi, c’est mauvais pour ton CV, ça? Et puis, peut-on vraiment étudier pendant des années sans développer une vision, une passion pour ce que l’on a envie de faire? Alors, à quoi sert ce diplôme? Juste un bout de papier en échange d’un boulot mieux payé, peu importe lequel, tant qu’il offre une illusion de sécurité? Et puis, es-tu vraiment d’accord que pour l’apprentissage et le développement, il n’y ait que les écoles et le travail (payé)?

Personnellement, je pense que cette croyance ne correspond non seulement pas à la réalité – elle ne la sert même pas! La société est en pleine transformation, et elle a besoin aujourd’hui plus que jamais d’ initiative, d’indépendance, d’émancipation et de créativité. Et tout cela ne vient pas sans connaissance de soi. Retournons à la source: qu’est-ce que tu aimais le plus, lorsque tu étais petit.e? Fais revivre ce rêve, laisse-le t’inspirer. Crée une vision, au lieu d’attendre la cage dorée. Travaille cette vision, un peu tous les jours. Trouve-toi un coach. Fais des expériences, participe à des projets. Passionne-toi. Et si ton diplôme ne sert pas ton rêve, fais autre chose. Car ne serait-il pas absurde de laisser 4 ou 5 années de ta vie définir ton présent et tout ton avenir, si c’est contre ton gré?

Il y a quelques années, je donnais cours à des groupes de ‘chômeurs’, et des ateliers de job coaching. Un homme de 30 ans au joli diplôme Master trimballait un CV vide, car on lui refusait à chaque fois le super poste administratif auquel il avait droit. (Dans mes cours, il était pourtant incapable de rester assis pour plus de 7 minutes. Non, 4.) Lorsque je lui ai proposé de me décrire le déroulement d’une journée dans de ce job de rêve, notre jeune loup n’avait pas trop d’idées. Ce genre de choses. Pas étonnant que son état général n’était pas super. Et que notre société soit un peu à plat. Si vous voulez connaître la suite, laissez un message. Je vous promets, c’est une histoire sympa.

Le fait que tant de gens soient d’accord d’organiser leur vie autour d’un curriculum acceptable (même si un peu vide de sens) ne me donne pas beaucoup d’espoir. Ce pays a un taux de suicide des plus élevés d’Europe, et notre capitale a un taux de chômage énorme pour une ville aussi riche! Je pense que nous ne pouvons vraiment plus nous permettre d’encourager les jeunes à construire leur vie autour d’une idée de CV conforme. Un curriculum doit soutenir la personne, et non pas la priver de sa liberté de choix. Notre société n’arrivera jamais à fleurir dans la prospérité si nous sommes d’accord de tuer nos rêves et notre créativité en faveur de quelques bouts de papier. Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est de l’inspiration. De grâce, tâchons de vivre une vie vraiment autonomisante. Le CV suivra.

This entry was posted in Emancipation, Emploi, le début du vrai travail and tagged , , , , , , , . Bookmark the permalink.

5 Responses to Ma vie, est-elle mauvaise pour mon CV?

  1. Aziliz says:

    On ne sait jamais ce qu’il va advenir de notre vie, de nos envies dans le futur. Personnellement, je ne me suis jamais laissée piéger par mon CV : je faisais ce que j’avais envie de faire, ce dont je rêvais et si ça ne me plaisait plus, je changeais. J’ai donc commencé par de la garde d’enfant, puis j’ai été vendeuse dans une papeterie. J’ai ensuite travaillé en bibliothèque, tenté des études de libraire et me suis reconvertie dans l’animation.
    En gros, j’ai fait du zig-zag. Heureusement, car aujourd’hui, j’occupe un poste où j’utilise autant mes compétences de bibliothécaire (voire de libraire) que mes compétences en animation.
    Bien sûr, on ne peut pas mélanger les postes partout et on verra rarement un avocat qui est aussi boulanger. Je fais juste part de mon expérience pour vous dire qu’un CV avec des itinéraires différents n’est pas si mal : on en devient polyvalent.
    N’hésitez pas, cependant, à orienter votre CV pour mettre en avant vos compétences, expériences et diplômes dans le domaine visé. S’il y a un trou, vous pourrez le compléter dans la lettre de motivation et lors de l’entretien parce que, à cette période, vous avez décidé d’élargir votre horizon dans ce domaine.

    Ce n’est pas tant ce que vous avez fait qui importe, mais votre manière de tourner ça à votre avantage !

    [On reste cependant d’accord pour dire que nous sommes beaucoup trop nombreux pour réellement nous partager le travail et que réduire le chômage est, sinon une illusion, un étendard brandi pour nous guider dans la mauvaise direction]

    Liked by 2 people

  2. Pingback: Ma vie, est-elle mauvaise pour mon CV? | T&eacu...

  3. Pingback: Is my life bad for my Curriculum Vitae ? | Brussels is Love

  4. Guy Veyer says:

    Pourquoi tu n’écrirais pas en attendant ? Tu peux publier après en auto-édition….je suis sûr que tu as plein de choses à partager !😉

    Liked by 1 person

  5. La semaine dernière, le premier restaurant vegan s est installé à Bruxelles. Il s appelle Moon Food. Également à Bxl dans quelques jours: un magasin spécialisé vegan. Son nom: Vegasme.

    Liked by 1 person

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s